Faute de chefs ou cheftaines disponibles, certains groupes scouts peinent à voir le jour. Dans le Var, à La Seyne-sur-Mer (83), c’est une jeune retraitée qui a permis de relancer la dynamique. Une solution inattendue, mais révélatrice d’un scoutisme qui s’adapte sans renoncer à ses fondamentaux.
Autour de Toulon, Fréjus ou Draguignan, la demande est forte. Les parents cherchent des activités éducatives, structurantes, porteuses de valeurs. Mais sur le terrain, une difficulté persiste : trouver des chefs et des cheftaines. « Il y a beaucoup de demandes… mais on ne peut pas y répondre », constate Laurence, déléguée territoriale des Scouts et Guides de France. Le territoire varois, sans grande ville universitaire, manque d’étudiants et étudiantes disponibles le week-end. « Le modèle classique du chef étudiant ne fonctionne pas chez nous. » Résultat : certaines familles renoncent. Face à cette réalité, le mouvement s’adapte. Parents, actifs… et désormais jeunes retraités. « On ne pourrait pas faire du scoutisme sans des adultes engagés autrement. »
Relancer un groupe, autrement

À La Seyne-sur-Mer, deuxième ville du département, le scoutisme s’était éteint malgré près de 90 ans d’histoire. « Ce n’était pas possible qu’il n’y ait plus de scoutisme ici », insiste Laurence. La relance devient une priorité. C’est une rencontre qui change tout. Christine, 58 ans, enseignante à la retraite et grand-mère, se propose. Elle prend contact avec Manuela, ouvreuse de groupe, qui lui apporte son aide pour construire une unité Louveteaux-Jeannettes. Christine a elle-même été jeannette puis guide, avant de s’engager au MEJ, Mouvement Eucharistique des Jeunes. « En revenant, j’ai retrouvé les chants, les valeurs, le partage. » Le déclic est personnel : « Je n’ai pas pu offrir du scoutisme à mes enfants. Alors quand mon petit-fils, Mathéis, est arrivé à l’âge des louveteaux, je me suis lancée. » Son expérience d’enseignante et d’animatrice au MEJ l’a aidé : « C’est très différent… les enfants d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier. » Au départ, le groupe compte deux jeunes, Mathéis, son petit-fils, et un copain. Elle s’accroche, se forme, part en camp. La dynamique s’enclenche. « Heureusement je n’étais pas seule car j’ai eu la chance d’être rejointe par Gwenaëlle, qui a été bien plus qu’une trésorière et secrétaire, puis par Benjamin co-chef. »
Un rôle de starter

Peu à peu, le groupe renaît. D’autres jeunes arrivent, des adultes s’engagent, une équipe se structure. Aujourd’hui, ils sont plus d’une trentaine, avec plusieurs branches en développement. « J’éprouve beaucoup de fierté quand je vois le groupe compter une trentaine d’adhérents et d’adhérentes aujourd’hui. » Christine assume ce qu’elle a apporté : « De la maturité, de l’anticipation, un cadre rassurant. » Mais elle insiste sur l’essentiel : « L’équilibre est parfait avec des jeunes chefs et cheftaine. Ils apportent le fun, la dynamique, la joie. » Son rôle aura été celui d’un « starter » : impulser, sécuriser, permettre au groupe d’exister. Car si ces profils sont précieux, ils ne remplacent pas les jeunes chefs et cheftaines : ils rendent possible leur engagement !
Une impulsion pour durer
Cet engagement reste par nature temporaire. « Je ne pourrai jamais complètement arrêter… mais on a envie de profiter aussi. Mon compagnon est bientôt en retraite et on a envie de faire voguer notre bateau. » Christine imagine déjà la suite autrement : « Je donnerai un coup de main, je ferai des escales. » Pour Laurence, l’enjeu est clair : s’adapter sans renoncer. Diversifier les profils, répondre aux réalités locales, permettre au scoutisme de continuer à se déployer. « Parfois, il suffit d’une personne pour que tout redémarre. »