Le 19 juillet 2026 marque les 75 ans de la disparition du Père Jacques Sevin, cofondateur des Scouts de France.et du scoutisme catholique en France. À cette occasion, Jean-Jacques Gauthé, membre du réseau archives et histoire de l’association, revient sur l’importation du scoutisme en France et la création des Scouts de France. Un récit qui retrace les origines du scoutisme catholique français et qui explique l’identité et la culture des Scouts et Guides de France aujourd’hui.
Bonjour Jean-Jacques, pourrais-tu d’abord nous raconter comment le scoutisme, issu de Robert Baden-Powell, avec sa culture britannique et protestante, est arrivé en France ?
Inventé en 1907 en Grande-Bretagne par Baden-Powell, le scoutisme arrive en France en 1911. Des pédagogues, militaires et journalistes l’ont découvert outre-Manche et veulent l’implanter en France. Plusieurs associations naissent, mais contrairement au modèle britannique, ouvert à différentes confessions, elles se structurent ici selon des bases religieuses, dans un contexte tendu entre la République et l’Église catholique. Dès 1911, sont fondés les Éclaireurs de France, neutres sur le plan religieux, et les Éclaireurs unionistes, protestants. De petits groupes catholiques apparaissent aussi en Saône-et-Loire et à Nice.
Quelle a été la position de l’Église catholique lorsque le scoutisme est arrivé en France ? Comment a-t-elle évolué ?
L’Église catholique se montre d’abord très réservée, car marquée par la loi de 1905, relative à la séparation des Églises et de l’État ainsi que par une forte méfiance envers la société contemporaine. Elle redoute une pédagogie venue du monde protestant, se réclamant de l’interconfessionnalisme. Elle craint aussi la concurrence avec ses patronages (des structures catholiques d’accueil et d’éducation des jeunes). En avril 1913, 35 évêques condamnent le scoutisme dans leurs bulletins diocésains. La guerre de 1914-1918 change progressivement la situation en favorisant la réintégration des catholiques dans la société française. Dans ce contexte, le scoutisme est peu à peu accepté par les catholiques français, même si des oppositions, notamment intégristes, perdurent jusqu’à la fin des années 1930.
Quel a été le rôle du Père Jacques Sevin dans l’importation du scoutisme en France, notamment du scoutisme catholique ?

Le Père Sevin permet aux catholiques de s’approprier le scoutisme tout en restant fidèle à Baden-Powell, qu’il rencontre dès 1913. Licencié en anglais, il lit attentivement ses écrits et s’y réfère largement dans son livre « Le scoutisme », publié en 1922. Il y répond aux critiques sur l’interconfessionnalisme ou les liens supposés avec la franc-maçonnerie. Il renforce aussi la dimension religieuse du mouvement en ajoutant Dieu à la loi scoute, l’Église à la promesse et trois principes liés à « Dieu, à la patrie et à la famille », selon la formulation adoptée par les Scouts de France à cette époque (pour en savoir plus). Formé à Gilwell, camp-école des scouts anglais, il crée en 1923 le camp-école de Chamarande, en Essonne (91). Il fonde ainsi l’identité des Scouts de France, auxquels il donne leur nom et leur insigne. Leur progression, de 200 membres en 1920 à 75 000 en 1940, témoigne de cette réussite.
Quel impact les travaux du père Jacques Sevin ont-ils encore aujourd’hui dans notre association ? Qu’est-ce qui perdure de sa vision du scoutisme ?
Le Père Sevin a été l’âme du scoutisme catholique. Il lui a donné sa prière, inspirée d’un texte de spiritualité jésuite, et plusieurs de ses intuitions demeurent très actuelles. Dès 1927, il développe le scoutisme pour les jeunes en situation de handicap physiques. Dans son poème « L’appel du gosse », il souligne que le scoutisme doit aussi s’adresser aux plus défavorisés. La congrégation religieuse féminine que le Père Sevin créé en 1944, la sainte Croix de Jérusalem, largement formée par des cheftaines scouts et guides, prolonge largement son action et sa mémoire. Sa volonté d’ouverture, de présence au monde et d’attention à chacun et chacune, continue de marquer profondément les Scouts et Guides de France aujourd’hui.















