À Saint-Amand-Montrond (18), au cœur d’un territoire rural où le scoutisme avait disparu, un groupe des Scouts et Guides de France renaît en 2020. Porté par des adultes du territoire, ce groupe démontre qu’il est possible d’être chef autrement, d’offrir des instants de scoutisme et de s’adapter aux réalités locales.
Ancien scout engagé jusqu’à ses 23 ans, Jérome Pascaud revient s’installer à Saint-Amand-Montrond, au cœur du Berry. « Je voulais que mes enfants découvrent le scoutisme. Sauf qu’ici, il n’y avait plus rien. » Dans cette commune rurale située à une cinquantaine de kilomètres de villes comme Montluçon ou Nevers, le scoutisme avait disparu. « On est dans ce qu’on appelle la diagonale du vide ! »

En 2020, à la suite d’une rencontre, « nous étions trois à repartir de zéro autour d’Isabelle et Marie ». Très vite, une dynamique se crée. « On a répondu à une vraie demande, surtout après le COVID-19. » Aujourd’hui, 37 jeunes sont accueillis, venant du bourg et des villages alentours. Le groupe reflète la diversité du territoire. « On a une grande mixité sociale, entre enfants d’agriculteurs, employés ou jeunes en famille d’accueil. » Beaucoup de familles ne sont pas pratiquantes. Nous accueillons tout le monde, convaincus que la diversité est une richesse.
Un scoutisme ancré dans le territoire
« On passe nos week-ends en pleine nature, souvent chez des agriculteurs, et le luxe réside dans des lieux différents à chaque fois. » C’est un cadre privilégié, mais qui cache une réalité : « Ce qui est surprenant, c’est que même ici, les jeunes sont très déconnectés de leur environnement. Ils sont aussi connectés qu’en ville. » Le scoutisme devient alors un levier de reconnexion : « Ils se réapproprient leur territoire. Ils en deviennent plus fiers. »
Être chef autrement

Dans ce contexte, être chef ne ressemble pas au modèle classique. Jérôme est parent, installé localement, engagé dans la durée. Le groupe fonctionne avec peu de chefs : « Aujourd’hui, nous avons trois chefs pour tout le groupe, et pas de chef pour les pionniers-caravelles. » Alors on s’adapte : « Je les accompagne, mais je les laisse aussi plus autonomes. »
Même l’éloignement ne freine pas l’engagement. « Une de nos cheftaines étudie à Clermont-Ferrand et revient chaque week-end. » Et il le souligne : « On doit dire merci à ces jeunes prêts à revenir en campagne un week-end par mois pour proposer du scoutisme. »
Faire vivre pour faire naître

Dans ces territoires, faire connaître le scoutisme ne passe pas par des affiches. « Une réunion d’information ou un flyer, ça ne suffit pas. » Le groupe privilégie l’expérience : « On organise des après-midis scouts pour faire vivre quelque chose. » Ces animations ponctuelles permettent une découverte concrète. Et parfois, une simple expérience suffit : « Un enfant m’a dit qu’il était revenu parce qu’il avait joué toute une après-midi et mangé des chamallows grillés. »
À Saint-Amand-Montrond, le scoutisme ne s’est pas simplement implanté : il s’est adapté. Porté par des adultes du territoire, organisé différemment, ancré dans le milieu rural, il montre qu’il est possible de faire autrement et de s’ajuster à son environnement.