Pour la première fois, Layal et Jahan participent à l’Assemblée générale (AG) des Scouts et Guides de France comme représentants associatifs. À 16 ans, ils découvrent les débats, les votes et ce que signifie faire vivre une association de près de 100 000 adhérentes et adhérents. Entre curiosité, discussions parfois inattendues et envie de prendre part aux décisions, ils repartent avec le sentiment que leur voix peut compter.
Quand ils arrivent à l’Assemblée générale, ni Layal ni Jahan ne savent vraiment à quoi s’attendre. Tous les deux ont entendu parler de « l’AG » par des amis ou des chefs et cheftaines. L’ambiance, les rencontres, les grands votes… On leur avait dit qu’il fallait le vivre au moins une fois. Ils ne viennent pas du même territoire pourtant, tous les deux sont là pour la même raison : comprendre comment se prennent les décisions dans une association nationale.
Une association plus grande que son groupe local

Très vite, ils réalisent que leur rôle de représentant associatif ne consiste pas seulement à lever la main pendant un vote. Pendant le week-end, ils écoutent des témoignages venus d’un peu partout en France, échangent avec d’autres jeunes, croisent des responsables nationaux et découvrent des réalités très différentes des leurs. Certaines unités peinent à recruter des chefs et cheftaines. Ailleurs, on cherche surtout à garder les jeunes plus longtemps. D’autres encore parlent d’inclusion, de leadership féminin ou du rythme des activités.
Et forcément ça change le regard : « On m’avait dit que l’ambiance était top et qu’il fallait vivre ça, mais surtout je trouvais important de pouvoir faire remonter ce qu’on vit dans notre groupe et participer aux décisions », explique Layal.
Cette année, une bonne partie des échanges tourne autour de la résolution 2026. L’idée ? Revenir à ce qui fait le cœur du scoutisme : des activités simples mais fortes, plus de place donnée à la parole des jeunes et un meilleur accompagnement des chefs et cheftaines. Dit comme ça, ça peut sembler très institutionnel. Pourtant, dans les discussions, le sujet devient vite concret.
Est-ce qu’on vit assez souvent des activités dehors ? Est-ce qu’on écoute vraiment les jeunes dans les conseils ? Est-ce que les chefs et les cheftaines ont le temps et l’énergie de continuer ? « J’ai surtout compris qu’on voulait revenir à ce qui fait le cœur du scoutisme : vivre plus de choses ensemble, donner plus de place aux jeunes dans les décisions et mieux accompagner les chefs et cheftaines », résume Layal.
Apprendre la démocratie en la vivant
Ce qui marque aussi les deux jeunes, c’est la manière dont les débats se construisent. Pas toujours parfaitement. Il y a des désaccords, des hésitations, des moments où certains osent prendre la parole et d’autres moins. Mais justement, c’est peut-être ça qu’ils découvrent pour la première fois : la démocratie, ce n’est pas juste voter. C’est écouter des expériences qu’on ne connaît pas, essayer de comprendre d’autres points de vue et parfois changer un peu d’avis en cours de route. Pour Jahan, une chose reste évidente : « L’association est faite pour les jeunes. Si seuls les adultes votent, ce n’est pas vraiment représentatif. »
Dans leurs groupes respectifs, tous les deux avaient déjà l’habitude des conseils d’équipe ou des temps de discussion. Rien de très solennel. On parle souvent autour d’un repas, après une activité ou sous une tente pendant un camp. Mais ils réalisent ici que ces petits échanges du quotidien peuvent aussi remonter beaucoup plus haut. Jahan raconte par exemple une discussion lancée dans son groupe autour d’un écusson que plusieurs jeunes ne trouvaient « pas terrible ». « On s’est mis en mode atelier et on a réussi à tomber d’accord », raconte-t-il en souriant.
À l’AG aussi, ils découvrent qu’ils ont le droit de construire leur propre opinion. « Je craignais devoir suivre un peu le groupe pour voter, mais en fait chacun peut vraiment réfléchir et se faire son avis », explique Jahan. Les échanges autour de la résolution les amènent aussi à parler de ce qu’ils vivent concrètement dans le scoutisme. Les camps, évidemment. Les week-ends aussi. Les moments dehors. Ce mélange de fatigue, de débrouille et de souvenirs qui reste longtemps après. « C’est difficile à expliquer, mais on apprend directement sur le terrain, surtout quand on campe dans la nature. Des petits gestes, des trucs de rien du tout qui, mis bout à bout, font qu’on sait se débrouiller en forêt », raconte Layal. Puis elle ajoute, presque comme une évidence : « Après, c’est vrai qu’on aimerait vivre ça encore plus souvent. Une rencontre par mois, c’est déjà pas mal. »
Au moment de repartir, Layal choisit un mot pour résumer son week-end : « enrichissant ». Le terme paraît simple, mais il dit pas mal de choses. En quelques jours, tous les deux ont découvert une association beaucoup plus grande que leur groupe ou leur territoire. Et surtout, ils ont compris qu’à 16 ans, on pouvait déjà participer à son évolution.
Une manière assez concrète de rappeler que le scoutisme se construit avec les jeunes autant que pour eux.