Samedi 13 décembre 2025, la cathédrale Notre-Dame de Paris a accueilli la béatification de 50 catholiques français, martyrs du STO. Parmi eux, 14 Scouts de France morts pour avoir porté leur promesse jusqu’au bout. Un devoir de mémoire, qui donne de l’élan aux chefs et cheftaines présents pour poursuivre leur engagement.

« Robert Beauvais, scout de Paris, mourut à Neuengamme, le 10 janvier 1945 ». Debout face à l’autel de Notre-Dame de Paris, le père Bernard Ardura, en aube rouge, couleur des martyrs, énumère les noms de cinquante jeunes contraints de partir en Allemagne en 1943 pour le STO, le service de travail obligatoire.
Les jeunes cités sont séminaristes, prêtres, ou membres d’association de jeunesse catholique, notamment des Scouts de France. Tous ont en commun leur foi chrétienne, et tous ont été exécutés ou déportés parce qu’ils ont décidé de la vivre jusqu’au bout. Le père Bernard Ardura défend leur cause en béatification ; il est le « postulateur», c’est-à-dire qu’il a monté et présenté au pape Léon XIV un dossier pour que ce dernier les reconnaisse martyrs, et « bienheureux», un titre honorifique accordé par l’Église, qui précède celui de saint.
Une célébration sensorielle aussi
Après l’accord de Léon XIV, samedi 13 décembre, une grande messe est célébrée à Notre-Dame de Paris pour la béatification des 50 martyrs. Parmi eux, 14 scouts de France. Alors dans l’assemblée, on aperçoit naturellement quelques chemises aux couleurs vives représentant toutes les branches du mouvement.
Romain, chef louveteaux-jeannettes à Paris, a tenu à emmener ses jeunes à cette célébration. « Même s’ils n’ont pu rester concentrés pendant deux heures et demie, cela les a marqués », assure le chef.
Sensibilisés au préalable, ces jeunes âgés de 8 à 11 ans, ont vécu « la cérémonie de manière très sensorielle : Notre-Dame, l’orgue, les évêques… » L’émerveillement atteint son apogée quand, une fois la liste des martyrs lue, et la demande de béatification officiellement acceptée, un lourd rideau rouge tombe et dévoile un tableau coloré représentant les martyrs.
Être chrétiens face au nazisme
La suite de la célébration permet d’entendre l’histoire de ces scouts, de célébrer leur engagement et leur foi et de formuler un vœu de paix pour demain. « Le but n’était pas seulement de célébrer le passé, ni de raviver une rivalité ou une violence, témoigne Romain. Au contraire, l’idée était de repartir de cette histoire pour reconstruire une unité, à partir d’une connaissance partagée du passé. C’est aussi pour ça que certains passages de la messe étaient en allemand. »
Quand les jeunes hommes sont contraints de partir en Allemagne en 1943, les scouts sont en effet appelés à partir en «missionnaire» : « Vous n’ignorez pas que le Christ a beaucoup d’adversaires en Allemagne. On ne veut pas accepter sa doctrine de pitié, de charité, de miséricorde, écrivait l’archevêque de Toulouse, Monseigneur Saliège, dans une lettre adressée aux routiers (l’équivalent des compagnons, NDLR) et aux chefs concernés par le départ en Allemagne.« Vous serez chrétiens face au nazisme ».
Un appel à l’action aujourd’hui
Malgré le quotidien des camps de travail et la surveillance de l’administration nazie, les scouts parviennent à monter des groupes et à organiser des activités : colis partagés, visites auprès des malades, messes, temps de prières, réunions… Ils réussissent même à organiser quelques grands jeux en forêt ! Le mouvement s’épanouit malgré le contexte désespérant : ainsi de nombreux jeunes prononcent leur promesse en camp. C’est le cas de sept scouts qui ont été béatifiés.
«Leur martyre ne vient pas seulement du fait qu’ils aient versé leur sang, mais surtout du fait qu’ils ont agi en chrétiens, en prouvant par leurs actes leur fidélité à Dieu, à leur prochain, à leur promesse aussi ! C’est ça qui était insupportable pour les nazis », explique Romain.
Un témoignage qui l’interpelle en tant que citoyen, en tant qu’éducateur, mais aussi en tant que croyant : «Être chrétien, c’est agir et continuer à montrer de l’amour, même là où c’est le plus difficile. C’est ça, la réalité de leur martyre, et c’est un véritable appel à l’action aujourd’hui ». Une volonté d’agir partagée par Manon, cheftaine pionnier-caravelle (14-17 ans) pour qui voir les scouts, il y a 80 ans, « n’ont pas mis leur engagement entre parenthèses malgré la violence du contexte, me donne envie de continuer à être une cheftaine qui aide les jeunes à devenir des citoyens et citoyennes artisans de paix. »